22.10.2007

Assiette ou carburateur ?

1968155e06c9e654e86f9b98d129efdb.pngVoici un des derniers billets de Jean Barrié

Après le développement durable perverti, voici que s’annonce l’arnaque des biocarburants.
L’or vert à la place de l’or noir pour que se perpétue la société de consommation qui est la nôtre, pour éviter, nous dit-on, le choc du « pétrole cher » et permettre ainsi aux moteurs de vrombir encore pour ne pas remettre en cause nos modes de déplacements…
Des carburants végétaux, bios de surcroît, quel mensonge abominable quand on sait que les cultures générant ces dérivés engloutissent goulûment engrais et pesticides !
Naïvement, je pensais que « bio » signifiait « vie ». Blasphématoire la déformation de ce terme que l’agrochimie s’accapare pour le salir ? « Biocarburants » ou, plutôt, « nécrocarburants » symbolisant la mort voilée par un nuage noir d’imposture ! Certes, si la production locale d’un carburant végétal vraiment bio, sans conséquence sur les surfaces à cultures alimentaires, n’est pas à écarter systématiquement, la mondialisation des « cultures à carburant » serait une erreur sans égale.
En effet, quand on sait que la promotion de l’éthanol, du biodiesel,…est assurée par l’alliance des groupes, pétroliers, agroalimentaires, semenciers,…comment pourrait-on croire en des biocarburants propres, respectueux des forêts, de la biodiversité, favorables au développement rural, n’entravant pas l’alimentation des populations ?
Face à une agriculture industrielle pour carburants dont le chiffre d’affaire est estimé à 100.000 milliards de dollars, quel est le poids de l’agriculture alimentaire traditionnelle ? Comment pourrait-on croire que cette nouvelle agriculture soumise aux multinationales serait compatible avec l’agriculture normale ? Par ailleurs, les carburants, qu’ils soient issus de la canne à sucre, du palmier à huile, du maïs,…incitent à une déforestation à grande échelle, à des drainages massifs, pour étendre leurs superficies.
Aberration incroyable : ils émettent souvent autant de CO2 par leurs méfaits que les économies d’énergie fossile qu’ils sont sensés produire ! De surcroît, leurs exigences en eau sont telles que les réserves mondiales risquent d’être insuffisantes. On peut aussi s’inquiéter pour l’érosion des sols et la biodiversité.
On essaie de nous faire croire que les biocarburants sauveraient l’agriculture. Mais peut-on faire confiance aux grands firmes qui se partagent le somptueux marché des céréales, des OGM,… ? L’une d’elles, (Monsanto) a déjà mis au point un maïs transgénique pour carburant végétal, invulnérable grâce aux nouveaux pesticides.
Signalons le désastre que subit la petite paysannerie au Mexique, en Indonésie, au Brésil,…Après avoir été, insidieusement, contraints par les sociétés agro-industrielles à quitter leurs fermes, les paysans ne pouvant plus acheter la nourriture qu’ils produisaient hier, sont allés grossir la foule des migrants affamés des bidonvilles. 824 millions de victimes de la faim en 2007, 1,2 milliards possibles en 2025 avec l’apport des « gens sans terre » …une catastrophe humanitaire sans précédent!
L’extension de ces cultures aux dépens des cultures alimentaires pourrait engendrer cette situation ubuesque, symbole de la bêtise humaine : des norias de camions aux réservoirs pleins de carburant vert de France allant s’approvisionner hors des frontières européennes en produits alimentaires pour satisfaire nos besoins en nourriture ! Ajoutons que toute aide alimentaire serait impossible puisque elle serait absorbée par les réservoirs des voitures.
Pourtant des solutions simples existent pour éviter cette calamité écologique et humanitaire : politique volontariste en matière d’économies d’énergie, développement des productions et des échanges locaux, nouveaux types d’urbanisme économes en déplacement,…Hélas, cette vision d’un autre fonctionnement de la société des hommes se heurte à un mur qu’on qualifie d’infranchissable : celui de l’argent-roi qui ne supporterait pas la remise en cause des comportements consuméristes et gaspilleurs ni la fin de la civilisation de l’automobile.
Cependant, un jour il faudra bien choisir entre une assiette garnie d’aliments sains et un plein de carburant végétal honteusement appelé bio ! Si nous optons pour le réservoir nous risquons peut-être de mourir de faim dans un pays à vocation agricole comme le nôtre !

Jean Barrié

D'autres réflexions sur ce thème :
- Les agro-carburants - du local et du global – Brigitte Brozio, adhérente des Verts du Lot
- La lettre d’info des Verts Midi-Pyrénées de septembre 2005 sur l’agriculture en général et les agrocarburants en particulier.
- L'interview de Jean Ziegler à Libération le 22 octobre 2007 : La faim va augmenter de façon effroyable
Professeur de sociologie et de sciences économiques à l’université de Genève et à la Sorbonne à Paris, Jean Ziegler est connu en Suisse et à l’étranger pour ses attaques répétées contre le secret bancaire. Il est aussi un critique sévère de la globalisation et de ses effets. Jean Ziegler est rapporteur spécial de l’Organisation des Nations unies pour le droit à l’alimentation depuis l’an 2000. Il est également auteur de l’Empire de la honte, paru en 2005, chez Fayard

10.09.2007

Dernier billet de Jean Barrié

34593b49015710b90695c7867857c6f6.pngNous publions là un billet de notre ami Jean Barrié. Vous pouvez retrouver parfois ces billets dans le quotidien Aveyronnais Centre Presse.
Ces textes n’engagent bien sûr que Jean, mais ils nous sont proches. Et surtout par leur richesse, par le style d’écriture, par leur profondeur, ils enrichissent notre réflexion.
On peut trouver Jean parfois excessif, voire intolérant. Non, il est dans le vrai. Tout ce qu’il observe, qu’il dénonce est malheureusement vrai. La publicité dévorante, l’agriculture productiviste, les désastres environnementaux présents et à venir, l’aliénation à la pseudo « modernité »… tout ce qui gangrène notre vie, notre santé, notre cadre de vie, qui fait le triomphe de cette société ultralibérale (ne confondons pas libéralisme et liberté), Jean nous démontre avec des arguments vérifiés que nous allons droit dans le mur et nous invite à nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard.
Les solutions qu’il propose sont en grande partie les solutions que proposent depuis longtemps les Verts et que les élus locaux Verts et écologistes (dont il fait partie) essaient de mettre en place avec plus ou moins de succès selon le degré de conscience et d’humanisme de leurs collègues. Tout est rapport de force.
Et les plus forts en ce moment sont les pollueurs, les profiteurs, les gesticulateurs de tous poils, en Aveyron jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat
Il ne tient qu’à nous que cela change


L’HOMME IDEAL POUR LE FUTUR POURRAIT-IL ETRE CELUI-LA ?

Novembre en août pourchasse des nuages noirs dans un ciel chamboulé. Tout en observant ces éléments inhabituels engendrant la mélancolie, je me surprends à esquisser l’homme idéal pour le futur dans une société vouée aux hégémonies alliées de la finance et des technologies nouvelles.
Progressivement, insidieusement, par médias interposés, par discours élitaires savamment orchestrés, la mondialisation s’est accaparée les commandes du Monde. Désormais lancée à toute vitesse, elle happe au passage toutes les entraves et s’amuse de toutes les résistances populaires pour envahir la planète. Nos dirigeants nous assurent qu’elle est bonne mais sans nous dire pourquoi. Serait-elle bonne, tout simplement parce qu’elle est ? C’est ainsi qu’elle est devenue la voie obligatoire ouverte par l’économisme triomphant. Alors, plutôt que de risquer le ridicule en essayant de s’opposer au bolide, il paraît préférable de l’accompagner et de « prendre le rapide en marche » avec enthousiasme, en lui ouvrant tous grands les passages à niveau du marché sans limites pour toujours plus de profits pour les riches, plus de flexibilité et de malléabilité pour les autres.
Il est vrai qu’adhérer à ce concept signifie « être moderne » et le meilleur moderne c’est celui qui se confond dans cet homme-standard modelé en occident qui a migré sur tous les continents pour y répandre la nouvelle culture de la servilité, de l’adaptation, une sorte d’homme amenuisé que Nietzsche décrit comme « un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre,… ». Ajoutons-y un comportement de permanente résignation, conciliant jusqu’à la compromission.
Une autre attitude indispensable pour cet homme de demain : il faut qu’il bouge sans cesse avec ce qui bouge, parce que c’est la mode mais surtout la religion du siècle, celle du mouvement pour le mouvement avec ses adorateurs du neuf clinquant et des déplacements incessants, sans se poser la question de l’utilité du mouvement perpétuel et des inventions éphémères.
Le refus de ce « bougisme » révèle des êtres du passé, frileux, démodés voire réactionnaires. Critique et rébellion disparaissent du dictionnaire nouveau car dans ce monde devenu groupe unique, les peuples sont dissous pour obligation d’opinions conformes et de libre circulation planétaire des marchandises matérielles, animales et humaines. L’appartenance à une Nation n’a plus cours en raison du risque de divergences avec la pensée globale. Cet homme idéal se restaure dans la cantine communale où lui est servi le menu décidé par le diététicien unique, agrémenté d’un vin mondial mis au point par l’œnologue chimique expert en terroirs virtuels. L’homme idéal lit le journal unique édité par un gourou sans adresse chargé de répandre le totalitarisme médiatique. Ce sont là des dissolvants efficaces pour disparaître dans cet énorme cheptel humain aux différences gommées, aux personnalités étêtées, afin que puisse s’ériger ce monde aseptisé, sans territoire, cette société cadenassée où « l’être collectif » erre sous l’œil des caméras, sur une planète grise soumise à un despotisme normalement admis.
Description bien sombre due aux égarements du climat aoûtien, me direz-vous ! Et pourtant, comment ne pas s’inquiéter du formatage actuel qui lisse toutes les aspérités idéologiques et comportementales jusqu’aux sourires, où les cerveaux sont télécommandés par des réseaux multiples de la cybernétique et de la robotique ? Une forme de clonage ne se dessine-t-elle pas déjà ? Et les nanotechnologies ne pourraient-elles pas contribuer à fabriquer cet homme unique, à l’œil hagard, mû par des puces et des bracelets électroniques, se préparant à être copié en milliards d’exemplaires malheureux ? N’est-ce pas là le rêve suprême de certains chercheurs Foldingue qui, dans de sombres officines, s’exercent à sélectionner les meilleurs embryons pour créer et multiplier en usine l’Homme de Qualité qui remplacerait l’Homme Naturel né de l’amour d’un homme et d’une femme ?
Le premier devoir de l’Homme debout est d’empêcher ces terribles dérives afin d’éviter une catastrophique généralisation d’inhumanité.
Edifier une civilisation reposant sur une autre conception du bonheur, réhabilitant des valeurs comme le respect du prochain, la convivialité, la joie de vivre, le partage, la sobriété, l’harmonie avec la nature, la complémentarité dans la différence…c’est possible
Tâche difficile et urgente certes, mais indispensable ; c’est une question de survie de l’espèce humaine, sans aucun doute. Alors, soit par volonté, soit parce que nous n’avons pas le choix, restons résolument optimistes, déterminés, animés d’espérance.

09.02.2007

Plainte de boîte aux lettres

medium_BOITE-A-LETTRES.pngDevant le déferlement de prospectus publicitaires et de journaux dits « gratuits », Jean Barrié s’est mis à la place de notre boîte à lettre.

« Après les gloutonneries des Fêtes, j’aspirais à un peu de répit en changeant de calendrier. Or, ce matin encore j’ai dû ingurgiter 1,200 kilos de prospectus. Dans ma jeunesse, seul, mon ami le facteur soulevait mon clapet pour déposer du courrier qu’on qualifiait de « noble » avec quelques lettres, « Le Rouergue Républicain » et, une fois par semaine, « Miroir Sprint ». Les temps ont bien changé et, aujourd’hui, c’est le bourrage permanent par des porteurs qui vont et viennent avec des sacs débordant de réclames.

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12.12.2006

L’ « insoutenable » développement durable

medium_ASSISES-DD---TOULOUSE.pngNotre ami Jean Barrié s’est fendu d’un courrier traitant du développement durable et des manipulations qu‘en font certains, dans l’édition dominicale de Centre Presse.
Nous ne pouvons résister à en donner ici quelques extraits.

« « Semaine du développement durable », « Journée mondiale de l’environnement », « Conférence sur le réchauffement climatique à Nairobi »… Il est partout le « développement durable » ! « La maison brûle » et soudainement, dans les hémicycles, dans les discours, dans les conversations, l’environnement est devenu le thème dont il faut obligatoirement parler.
. Louable que de vouloir concilier économie, social et environnement. Cependant, cette généreuse idée effraya les milieux financiers qui virent là une entrave possible aux profits. Rapidement, elle fut dévergondée par les réformistes de tous bords qui décidèrent de « vider la coquille » car il était inconcevable que l’équilibre entre économie et environnement remette en cause le dogme du marché. Le monde de la finance s’empressa de se transformer en apôtre du développement durable, celui-ci ouvrant d’inattendues perspectives aux échanges marchands.
Le «développement durable devint une « tarte à la crème » inépuisable pour s’accaparer les marchés, un « plus médiatique » dans les colloques politiques et économiques. On a même prétendu « faire du développement durable » en élargissant les routes pour aller plus vite et plus nombreux vers les supermarchés qui encerclent nos villes, en promouvant le tri des déchets mais pas leur réduction à la source, en encourageant avec des primes l’agriculture dite « raisonnée » avec moins de pesticides mais sans les interdire, en invitant à économiser l’eau mais sans condamner les excès de l’irrigation… On peut même échanger ou vendre des « droits à polluer » en développement durable.
Le développement durable est devenu le contraire de sa définition initiale, une béquille servant d’alibi au système en place. Il est si dévoyé que ses initiateurs osent à peine l’évoquer ! … Certes, on fait semblant de prendre grand soin de celui-ci en responsabilisant les individus jusqu’à les culpabiliser, en adoptant des gestes simples (respect de l’eau, tri sélectif, économies d’énergies…).
Soit, mais parallèlement, aucune remise en cause par les décideurs d’un système économique ravageur ; toujours plus de camions, d’emballages, d’objets jetables, de plastiques, d’autoroutes, de grandes surfaces, d’agriculture intensive…pour plus de réchauffement climatique nous rapprochant du chaos ultime perçu comme inéluctable destin du Monde.
Heureusement, cette perspective mortifère peut être évitée à condition qu’un changement radical s’opère d’urgence. La seule solution réside dans une nouvelle logique généralisée basée sur le « bien vivre intelligent » et les « bonheurs simples », solidairement partagés dans une société des hommes remplaçant une suicidaire société des capitaux. La fin de la dictature de la finance et de la spéculation permettra alors à des développements aujourd’hui maltraités ou oubliés (social, humain, environnemental, culturel…) d’occuper toute leur place. Il est évident que l’humanité aspire à un développement global heureux, en harmonie avec la planète, libérée de la gangue étouffante du profit et de la consommation déifiés, ou l’écologie ne serait plus le jouet dérisoire d’un business d’outre-tombe. »


Malheureusement, sur la même page de Centre Presse que le courrier de Jean Barrié, un autre lecteur demandait une nouvelle route afin d’éviter Rodez et son agglomération par le sud et les pages « auto » présentaient des véhicules dont la moins puissante produisait 146 gCO2/km et la plus puissante 227 gCO2/km.